Mes Brugmansias préférés et pourquoi je les adopte

 

Le choix est cornélien de but en blanc, car les plantes présentent des fleurs très différentes dans les couleurs, les formes, les senteurs et toutes ont un charme incomparable. Difficile d’arrêter son choix sur un simple coup d’œil. Il faut un regard aiguisé et avisé, celui qui reconnait l’excellence du beau. Celui qui met de côté les artifices des doubles ou triples jupons. Parfois une simple corolle peut émouvoir par sa simplicité et la beauté de ses courbes. Quelquefois c’est la complexité de la fleur qui attire par ses corolles frisottées et superposées comme une crinoline.  C’est le monde merveilleux de la haute-couture végétale. Celui dans lequel je m’extase et je m’abandonne des heures durant.

 

Pour apprécier un Brugmansia, il faut tout d’abord lui avoir consacré au moins une année d’observation. Je dirai même il faut l’avoir vu évoluer pendant plusieurs années pour se faire une idée de sa taille définitive et aussi des différences de teintes que ses fleurs arboreront tout au long de sa croissance. Certains sont des géants sur lesquels on peut apercevoir les fleurs très longues se balancer sur le bout des branches comme  Schloss Burg  ou bien qui fleurissent en bouquets serrés inclinés à quarante-cinq degrés, comme Laetitia ou Goldface. D’autres sont plus petits et ramifiés comme DS Mambo ou Cruzito qui produisent leurs fleurs jusqu’à terre. Puis il y a les intermédiaires comme Madame Bovary et SB Chaperon Rouge ou encore Zumba. Toutes ces considérations sont à prendre lorsqu’on décide de créer un massif de Brugmansias où les plus hauts seront disposés au centre, puis viendront les intermédiaires puis enfin les plus petits sur l’avant de la scène. Pendant cette observation on aura aussi testé la résistance des arbustes au plein soleil, à mi ombre et enfin à l’ombre. A ce sujet je donne chaque année une place brûlante à Bernstein qui me gratifie de luxuriantes floraisons, Goldface se plaît aussi à une exposition semblable.  J’oserai avancer qu’à mon humble avis, les Brugmansias à fleurs de couleur jaune ou orange ont une prédisposition à occuper des parcelles au soleil. Certains  blancs et roses se partagent chez moi les coins plus ombragés. J’adore SB Sœur Louise à l’ombre des oliviers, il étend ses branches qui plient sous le poids de ses longues fleurs en cornettes. La situation paraît à sa convenance. En revanche, Laetitia qui est blanc double se complait  au soleil mais dans ses gènes (mère : Langenbuscher Garten et père : Angels Swingtime) il y a de l’orange et du jaune.

 

Il faut relativiser sur les expositions, je parle seulement de ce que je connais, le Midi Toulousain en l’occurrence. Mais bien que l’astre solaire brille partout et pour tout le monde l’exposition à son rayonnement ne sera pas la même selon que vous résidiez dans le centre ou le nord de la France. Les vents sont aussi importants, ici nous avons l’autan qui est un désastre par journées très chaudes, asséchant les feuillages et compliquant ainsi la réhydratation, il souffle un, trois ou encore six jours avant de donner de la pluie qui le fera cesser. Tous ces paramètres sont à considérer dans le choix des Brugmansias. Les hybrides créés en France sont plus florifères sous mon climat mais ce n’est pas une règle absolue la preuve en est avec Bernstein qui fleurit parfaitement ici. Mes remarques sont les suivantes : beaucoup d’hybrides allemands marquent une pause prolongée lorsque les grosses chaleurs interviennent, pour à nouveau se charger de fleurs à l’automne. Ceci est plus marqué encore avec les Brugmansias du groupe froid qui sont si beaux. Les hybrides français annulent cette remarque car les floraisons se prolongent  du printemps à l’automne, je l’ai vérifiée avec les Brugmansias de M. Didier Sevestre dont le travail de sélection et le programme d’hybridation a apporté ce gros avantage. Les hybrides américains (Floride) paraissent aussi se plaire sous la chaleur, mais je n’ai pas assez de recul pour l’affirmer. Cette année j’ai fait cohabiter tous les Brugmansias que je possède de M. Didier Sevestre. La parcelle était en plein soleil et quelques temps après la plantation les premières fleurs s’épanouissaient pour ne  plus s’arrêter, novembre marquera la fin lors de l’arrachage des plantes. Froufrou, Eva, Petit Bijou, Andalouse, Aube Sanguine, DS Bijou pour Laetitia, DS Tilleul Menthe, DS Pluie d’Or, DS Mambo, Zumba, Rosyonne, Cruzito, Atout Cœur, DS Soleil Couchant et Laetitia, SB Fond de Teint plus Bernstein et Goldface composaient la scène avec plus loin mais toujours au soleil Rouge de Didier, Délicatesse, DS Tsunami, Jericho, DS Feu Follet, DS Fleur de Sommeville et SB Chaperon Rouge alors si je dois avoir une préférence oui bien sûr je l’ai pour eux.

D’autres Brugmansias fleurissent bien mais avec de larges pauses comme Angels Exotic, Phänomenal, Borner Gold, Bergzauber, Bergfee, Angels Wings, Super Pink, Super Spot, Rosalla, Double l’Amour, Double Dark Rosetta. D’autres sont plus récalcitrants comme Applause ou Angels Flight, Angels Tropical Fantasy. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils ne sont pas florifères, seulement sous mon climat la formation de boutons est compliquée et lorsqu’elle intervient cela se traduit par une chute incompréhensible avant leur éclosion.

Ces remarques s’inversent aussi. Lorsque je dialogue avec les amis des Brugmansias qui résident dans des pays plus à l’est et qui possèdent un climat plus frais, ils me font part de certaines difficultés à faire fleurir des plantes qui aiment la chaleur. Voyez que le choix des Brugmansias est une affaire de réflexion et aussi d’essais personnels.

Ne portons pas de jugements hâtifs sur tel ou tel Brugmansia sans le connaitre complètement. Mais pensons naturellement que la personne qui a créé et sélectionné cette plante parmi tant d’autres l’a fait suivant des critères bien précis comme la floraison, la beauté, la couleur. Mais plutôt posons-nous la bonne question « Est-il bien adapté à mon climat ? ». Mon ami Didier Sevestre me faisait remarquer que « nos hybrides déclarés cubensis sont des mélanges d'espèces d'Aurea (parfum), de Versicolor (grosse floraison par vagues), de Candida, d'Insignis avec chacune leurs exigences pédoclimatiques. En hybridant, nous avons tout mélangé ce qui fait que nous retrouvons par moment des caractères oubliés ».

Si vous êtes contemplatif devant les Brugmansias vous aurez vite remarqué que leurs fleurs n’ont pas toujours la même couleur et présentent des différences dans la morphologie, plus marquées avec les fleurs complexes, doubles ou triples. Ces différences s’entendent sur une plante qui aura la même situation tout au long de la saison. Par exemple des fleurs simples de teinte rose soutenu se déclinent en plusieurs nuances. D’une part au printemps elles seront un peu plus claires, puis lors de l’avancée dans la saison elles deviendront beaucoup plus foncées pour ensuite pâlir en fin de saison. Peut-être les températures diurnes et nocturnes sont-elles responsables de ces écarts. Les formes aussi se trouvent changées au printemps, chez certains hybrides souvent les fleurs sont déchiquetées dans le sens de la longueur. Phänomenal est sujet à cela. Puis le milieu de la saison redonne de la stabilité pour enfin trouver des distorsions en fin de saison. La température serait-elle à nouveau responsable de ces difformités ?

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Pour étayer mes observations, j’ai choisi de vous présenter le Brugmansia Madame Bovary tel que j’ai pu le voir au fil du temps. Les fleurs que j’ai photographiées sont issues de la même plante sur les quatre photos. La couleur qui est la plus fréquente est celle de la première image en haut, à gauche. Vous pouvez remarquer que les teintes peuvent se décliner du rose pâle, au rose saumoné. Je recommande avant un achat de taper sur un moteur de recherche le nom du Brugmansia que vous désirez acquérir, pour en avoir une plus grande connaissance et ne pas rester fidèle à une photographie que vous auriez pu voir sur un catalogue, trop souvent modifiée.

 

Pour les obtenteurs il est difficile de juger d’une couleur et d’une forme lorsque les premières fleurs éclosent en fin de saison. Il est plus raisonnable de garder ces plantes pour les voir fleurir une saison entière. Parfois il peut y avoir de grosses surprise, la teinte et la forme ne sont pas celles qui étaient attendues. J’ai connu ce phénomène, un croisement qui avait fleurit tardivement présentait des fleurs doubles de couleurs inédites (vert et saumon très pâle sur un fond crème). Je me suis bercé d’images tout l’hiver durant et au printemps, surprise ! Les fleurs étaient blanches uniformément ? Doubles certes mais la forme n’était pas la même non plus. Voilà qui doit inciter à la prudence.

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Les deux photographies du haut montrent les couleurs obtenues en fin de saison, celle du bas correspond à la première floraison au printemps suivant. Le rose saumoné a disparu ainsi que les traces vertes et plus fort le fond de la fleur qui était jaune saumoné est devenu blanc.

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En fin de saison seulement quelques traces des teintes vues la première fois viennent saupoudrer les fleurs. Ce phénomène n’est pas fréquent heureusement, du moins pas aussi tranchant.

Date de dernière mise à jour : 2017-11-17